previous arrow
next arrow
Slider

 

Depuis 2007, j’en ai vu des belles histoires… Des mariages hauts en couleur, des mariages religieux, laïques, classiques, complètement funs. Des mariages pluvieux et plus vieux mais toujours des mariage heureux. Et vos familles, chaleureuses, unies, accueillantes,  décomposées et recomposées mais savez-vous quel était le point commun de tous ses mariages ? L’émotion !

Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître…

6 bobines de 36 poses, soit 216 photos, c’est parti !

Je photographie mes premiers mariages aux cotés de Marie-France Jeannin, et en 2007 nous travaillons encore en argentique ! Elle me briefe, me confie 6 pellicules et je me jette dans le grand bain a ses côtés. 216 photos c’est à la fois énorme et tellement peu ! Chaque photo compte, alors on s’applique, on est constamment concentré sur la lumière, on cadre, on prend le temps, on sait toujours où nous en sommes sur le film. Il ne faudrait pas que Monsieur le curé lance les alliances alors que mon film est quasiment terminé ! Au fil des mariages, j’apprends à connaitre les cérémonies par cœur : le déroulé, les placements, les habitudes. Lors de la créations des albums, là encore j’observe comment Marie-France raconte l’histoire, les photos clefs, les photos de transitions, j’observe, j’apprends et je reproduis.

Emportés par la foule qui nous traîne

Nous entraîne, écrasés l’un contre l’autre… 

C’est mon troisième mariage aux cotés de Marie-France, elle couvre seule les préparatifs et la mairie, mais elle me demande de la rejoindre à l’église car il y aura beaucoup d’invités.C’est un euphémisme, ils sont pas loin de 500… Je suis terrorisée ! Je me cache comme je peux derrière les poteaux de l’église, tellement cette foule me terrifie . Fin de la cérémonie, elle me demande de me poster dehors en face de la porte et de bien régler mon boitier. J’y vais, je traverse l’église, le plus rapidement et le plus discrètement possible ( mais pourquoi il n’y a plus de poteaux pour me planquer )  ! Je me positionne ! Je me règle ! La luminosité est extra forte, la foule commence à sortir encore et encore.Moi Pauline, 18 ans 1m55,  je suis ensevelie !  Je descends une marche puis deux, les invités se placent devant moi avec leurs smartphones et leurs tablettes. Je ne vois plus rien, je joue des coudes, je retrouve ma place, je m’excuse, me met à genoux pour ne pas les gêner. A cette instant, c’est sûre le mariage, ce n’est pas pour moi !

Non, non, rien n’a changé

Tout, tout a continué

Les années passent, et nous passons comme tout le monde au numérique. Mais je suis toujours terrorisée, je pensais que le numérique m’apporterait un coté rassurant, mais pas du tout. Je suis bien trop timide, j’ai tellement peur d’un problème technique… Je ne suis pourtant jamais seule, il y a toujours Marie-France à mes cotés, mais c’est plus fort que moi. Je suis consciencieuse, je fais le travail, mais chaque mariage est pour moi une épreuve. Je m’enferme alors dans une routine.  Je raconte toujours la même chose alors que vos histoires sont toutes différentes ! Et je m’ennuie… C’est toujours pareil, la mariée descend de la voiture, les mariés entrent dans la mairie, consentement, signature, sortie…. Et on recommence chaque semaine.

J’étais tranquille j’étais peinard…

Nous sommes en 2012, j’ai 22 ans, je fais toujours du mariage, Je suis toujours mal à l’aise, mais j’ai acquis de la technique et des habitudes, je suis plus sereine.  Je pars sur un mariage, il y a un cameraman bien plus grand que moi qui passe son temps à me passer devant ! “ Mec, je fais un 1 m 55, tu dois faire 1 m 90 tu ne peux pas te mettre derrière moi ! ” C’est ce que j’aurais aimé lui dire, c’est ce que j’aurais dû lui dire. Mais je me tais, lui aussi il doit assurer alors je le laisse travailler, et je cherche des parades, des autres angles, je me baisse pour ne pas le gêner, je fais d’autres images ! Le soir, tard, quand je rentre j’apprends que mon papy est décédé tôt le matin, que personne n’a voulu me le dire pour que je reste concentrée sur mon mariage. Ils ont eu raison ! Le lundi il sera enterré, ça va trop vite. J’ai l’impression que ce mariage m’a volé du temps auprès des miens ! Le mariage c’est toujours pas un truc pour moi, et pourtant …

Tu es de ma famille

De mon ordre et de mon rang

Celle que j’ai choisie

Celle que je ressens

Je travaille sur cette album avec un pincement au cœur, inconsciemment je replace la famille au centre de l’album. A la mort de mon papy, je prends conscience des enjeux de la photographie, laisser quelque chose garder un souvenir, transmettre, conserver… Que restera-t-til de votre mariage ? J’ai aussi des images très différentes de mes habitudes, le cameraman m’a tellement gêné, Je n’ai pas la mariée qui descend de la voiture mais j’ai la foule qui admire la mariée et l’émotion de la maman, j’ai des angles très différents, et c’est loin d’être mauvais !

J’y crois comme la terre j’y crois comme au soleil…

Je te promet une histoire différente des autres…

Tout doucement, mais surement, je change mes habitudes, et devinez quoi ? j’y prends du plaisir. On pourrait penser que ma culture et mes habitudes en argentique me conduise à déclencher peu, mais c’est tout le contraire. Je veux la photo qui vous ressemble ! Je veux des émotions, du graphisme, du fun, je veux vos familles, alors je déclenche. Je cherche le meilleur angle, je me grandis, je m’agenouille, je cherche l’angle qui va changer des autres ! Ça me pousse à dépasser mes limites, je n’ai plus peur ! J’imagine, je cherche des premiers plans, je construis mes images, je joue avec les contres jours ! J’essaye, parfois ça marche, parfois non, alors je recommence encore et encore. Je vais faire 5, 6, 7 photos des alliances complètement différentes parce que je veux avoir le choix quand je ferai l’album ! Et la mise en page dans l’album on en parle ? Je m’éclate, je construis mes albums, chaque page raconte votre histoire, des séries, des scénettes, des gros plans, des détails. J’y met tout mon coeur et ma passion.

Quoique tu fasses l’amour est partout où tu regardes…

En 2015, c’est accompagné de mon ventre rond que je photographie les mariages, et je suis très émotive. Je comprends mieux cette maman qui pleure en conduisant son fils. Je comprends mieux l’importance de photographier les enfants dans l’église qui jouent dans l’allée… La famille, celle du sang ou celle du cœur, qui depuis 2012 avait prit une énorme place dans mon travail, gagne encore du terrain ! L’émotion devient mon fil rouge. Chaque mariage, chaque famille, chaque histoire et chacun de mes albums est différents ! C’est un peu de moi et beaucoup de vous !

Au bal masqué ohé ohé…

J’aurais aimé terminer cet article sur la phrase de mon dernier chapitre mais, si  j’écris aujourd’hui, c’est parce que j’ai cette horrible sensation de manque. Les mariages sont reportés, et pour les trois qu’ils me restent cette année, ils seront masqués. On devine derrière vos masques vos sourires et vos yeux trahissent vos émotions. Cette année, il y aura peu de portraits, peu d’alliances, peu de photos de chaussures de mariée ( et j’adore vos chaussures )

Alors je continue, je me forme, je me nourris d’image, de mode, de mariage, de pub, j’apprends et j’attends mes prochains reportages avec une impatience certaine.